La trilogie négaWatt

Nous vivons dans un monde d’ébriété énergétique et nous ne nous en rendons à peine compte. Ce ne serait pas si grave si 80 % de nos rejets de CO2n’étaient pas liés à l’énergie (ce chiffre vaut pour la Suisse et l’ordre de grandeur est similaire pour tous les pays développés) et si les rejets excessifs de CO2ne menaient pas au réchauffement climatique que nous connaissons déjà. À cela s’ajoute la raréfaction grandissante des ressources énergétiques et les autres impacts environnementaux, dont la pollution de l’air. La conclusion est simple : nous devons changer notre façon de consommer l’énergie.

Une démarche et trois piliers

La démarche négaWatt repose sur trois piliers : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables (ER). Les deux premiers piliers consistent à agir sur la consommation d’énergie pour la réduire. Dans le scénario négaWatt, la sobriété pourrait permettre de réduire de près de 35 % la consommation d’énergie finale et l’efficacité de 21 %. Le troisième pilier concerne la production d’ER pour couvrir les besoins restants. Celles-ci peuvent être produites dans le pays ou importées, le but est néanmoins de les produire au maximum localement, afin de répondre au mieux aux besoins régionaux.

Si en matière électrique vous ajoutez les deux chiffres mentionnés ci-dessus, vous obtenez aisément la part que représente la production des centrales nucléaires suisses ! C’est un ordre de grandeur et la réalité est légèrement différente, mais est-ce que cela ne vaut déjà pas la peine de regarder de plus près ce que le principe négaWatt signifie ?

négaWatt, décroissance et renoncement ?

La démarche négaWatt n’a rien à voir avec le renoncement ou la décroissance. Ce n’est pas son but. Avec la sortie du nucléaire décidée en mai 2011 en Suisse, on se pose la question de savoir d’où viendra la production électrique des centrales nucléaires perdues. On parle de construire de nouveaux barrages, d’installer de multiples éoliennes et des m2de panneaux photovoltaïques… et on oublie qu’une grande partie de l’énergie produite est gaspillée. Les kWh les moins chers sont ceux que l’on économise, ce sont les négawatts que l’on produit.

Pourquoi est-ce que ce principe est si peu compris ?

Qui nous dit qu’une politique de type négaWatt ne serait pas possible ? Ceux qui se prononcent le plus souvent sont les femmes et hommes politiques (la majorité d’entre eux connaît mal ces thèmes énergétiques et il faut reconnaître que nous exigeons de notre personnel politique beaucoup dans de multiples domaines) ou les responsables de grands groupes énergétiques qui veulent conserver aussi longtemps que possible leur business modèle actuel. Ces régies gèrent et possèdent des centrales thermiques ou atomiques et font leur chiffre d’affaire avec la quantité de kWh vendus. Elles ne sont pas prêtes à remettre ces quantités en question.

Comment faire bouger les lignes ?

Avec très peu de moyens, à peine plus qu’un site Internet pour dialoguer et échanger, des ‘familles à énergie positive’ basées essentiellement dans l’Est de la France ont réussi depuis 2008 à réduire leur consommation d’énergie de 8 à 12 %. Il n’est pas difficile d’imaginer qu’avec des moyens supplémentaires, des campagnes de sensibilisation bien pensées, tout un chacun pourrait faire mieux. D’ailleurs, l’expert français en maîtrise de l’énergie Olivier Sidler, qui est un des fondateurs de négaWatt France et qui compte parmi les meilleurs experts énergéticiens d’Europe dans le domaine du bâtiment, le dit régulièrement : « Réduire de 30 à 35 % sa consommation d’énergie n’est pas difficile. Ceux qui l’ont fait, le savent ».

Si un message nous est transmis clairement et si nous en comprenons les enjeux, nous pouvons apprendre et réagir rapidement. Au cours des dernières années, nous avons appris à toujours mettre la ceinture de sécurité en montant en voiture, à nous servir d’une nouvelle lettre de l’alphabet, en l’occurrence @, à compresser les bouteilles plastique de type PET avant de les mettre au container, d’avoir toujours notre téléphone portable sur nous, de réaliser telle ou telle tâche via des Apps… et nous ne serions pas capable de comprendre ce que sont les négawatts et ce qu’est la sobriété ?

Certains disent que mettre en place de tels changements revient trop cher. Mais n’est-ce pas notre devoir de réagir face au changement climatique ? En septembre 2002, l’ancien président de la République française, Jacques Chirac, déclarait devant l’Assemblée plénière du 4ème Sommet de la Terre de Johannesburg : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Ce discours est devenu internationalement connu et lui a valu une standing ovation. Mais où en sommes-nous aujourd’hui ? Lorsque certains politiciens ou responsables argumentent toujours et encore par la question des coûts, ils nous donnent l’impression de se battre uniquement sur le prix des extincteurs. Bernard Chabot, l’un des fondateurs de nW-F, ajoute : « Ne devons-nous pas léguer aux générations futures des bienfaits et des rentes et non des fardeaux et des dettes ? »